Читать онлайн "Le bûcher d'un roi"

Автор Джордж Мартин

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George R. R. Martin

Le bûcher d’un roi

Ce volume est pour mes fans

pour Lodey, Trebla, Stego, Pod, Caress, Yags, X-Ray et Mr. X, Kate, Chataya, Mormont, Mich, Jamie, Vanessa, Ro,

pour Stubby, Louise, Agravaine, Wert, Malt, Jo, Mouse, Telisiane, Blackfyre, Bronn Stone, Coyote’s Daughter

et le reste des cinglés et des folles furieuses de la Confrérie sans Bannières

pour les sorciers de mon site web Elio et Linda, seigneurs de Westeros, Winter et Fabio de WIC,

et Gibbs de Dragonstone, à l’origine de tout

pour les hommes et les femmes d’Asshai en Espagne qui nous ont chanté un ours et une gente damoiselle

et les fabuleux fans d’Italie qui m’ont tant donné de vin

pour mes lecteurs en Finlande, Allemagne, Brésil, Portugal, France et Pays-Bas et tous les autres pays lointains

où vous attendiez cette danse

et pour tous les amis et les fans qu’il me reste encore à rencontrer

Merci de votre patience

Une argutie sur la chronologie

Du temps a passé entre les tomes, je sais. Aussi n’est-il peut-être pas superflu de rappeler certaines choses.

Le livre que vous tenez entre les mains marque le début du cinquième volume de l’intégrale du Trône de Fer. Toutefois, ce volume ne succède pas au précédent dans un sens traditionnel : il se déroule plutôt simultanément à lui.

Ces deux volumes[1] reprennent l’intrigue immédiatement après les événements du troisième volume de l’intégrale. Alors que le quatrième se concentrait sur les événements de Port-Réal et de ses environs, sur les îles de Fer et à Dorne, celui-ci nous entraîne au Nord, à Châteaunoir et au Mur (et au-delà), et traverse le détroit jusqu’à Pentos et la baie des Serfs, pour reprendre l’histoire de Tyrion Lannister, de Jon Snow, de Daenerys Targaryen et de tous les autres personnages que vous n’avez pas vus dans le volume précédent. Davantage que consécutifs, les deux volumes sont parallèles… Divisés géographiquement, plutôt que chronologiquement.

Mais dans certaines limites.

Ce cinquième volume sera plus long que le précédent, et couvrira une période plus étendue. Dans la deuxième moitié du livre, vous remarquerez le retour des points de vue de certains personnages du tome 4. Et cela signifie exactement ce que vous supposez : la narration a dépassé le cadre du quatrième opus et les deux courants ont fusionné de nouveau.

La prochaine étape parlera des Vents de l’Hiver. Là, j’espère, tout le monde grelottera de nouveau de concert.

George R.R. Martin

Avril 2011

Prologue

L’odeur de l’homme empuantissait la nuit.

Le zoman s’arrêta sous un arbre et flaira, sa fourrure gris-brun toute mouchetée d’ombre. Un soupir de vent résineux lui apporta les relents de l’homme, par-dessus des fumets plus ténus qui disaient le renard et le lièvre, le phoque et le cerf, et même le loup. C’étaient aussi des odeurs d’homme, le zoman le savait ; la rancissure de vieilles toisons, mortes et sauvagines, presque noyées sous le remugle plus fort de la fumée, du sang et de la putréfaction. Seul l’homme dépouillait les autres bêtes de leurs peaux pour se couvrir de cuir et de fourrure.

Différant en cela des loups, les zomans ne craignent pas l’homme. La haine et la faim se nouèrent dans son ventre et il poussa un grondement sourd, pour appeler son frère borgne, sa sœur menue et rusée. Tandis qu’il s’élançait entre les arbres, ses compagnons de meute suivirent avec ardeur dans ses traces. Eux aussi avaient capté l’odeur. Dans sa course, il voyait également par leurs yeux, et il s’aperçut en tête. Le souffle de la meute s’échappait de leurs longues mâchoires grises en bouffées chaudes et blanches. Entre leurs pattes, la glace avait pris, dure comme pierre, mais la chasse était lancée, la proie au-devant. De la chair, songea le zoman, de la viande.

Isolé, l’homme était une créature faible. Grand et robuste, avec de bons yeux perçants, mais dur d’oreille et sourd aux effluves. Le daim, l’orignac et même le lièvre étaient plus prompts, les ours et les sangliers plus féroces au combat. Mais en meute, les hommes devenaient dangereux. Tandis que les loups avançaient sur leur proie, le zoman entendit vagir un petit, craquer la carapace de neige tombée la veille sous de balourdes pattes d’hommes, s’entrechoquer les peaux-dures et les longues griffes grises qu’ils portaient.

Des épées, chuchota une voix en lui, des piques.

Aux arbres avaient poussé des crocs de glace, en rictus sur les branches brunes et nues. Le borgne coupa au plus court en crevant les taillis, faisant jaillir la neige. Ses frères de meute le suivirent. Au faîte d’une colline, puis au bas de la pente suivante, jusqu’à ce que le bois s’ouvre devant eux et que les hommes soient là. Il y avait une femelle. Le ballot enveloppé de fourrures qu’elle serrait contre elle était son petit. Garde-la pour la fin, souffla la voix, le danger vient des mâles. Ils rugissaient entre eux à la mode des hommes, mais le zoman sentait leur terreur. L’un d’eux avait un croc de bois aussi haut que lui. Il le projeta, mais sa main tremblait et le croc passa en hauteur.

Puis la meute fut sur eux.

Le frère borgne culbuta le lanceur à la renverse dans un monticule de neige et lui arracha la gorge pendant que sa proie se débattait. Sa sœur se glissa dans le dos de l’autre mâle et l’attaqua par-derrière. Ce qui laissa au mâle la femelle et son petit.

Elle portait un croc, elle aussi, minuscule et fait d’os, mais le laissa choir quand les dents du zoman se refermèrent sur sa jambe. En tombant, elle enveloppa de ses deux bras son petit gueulard. Sous ses fourrures, la femelle n’avait que la peau sur les os, mais ses mamelles étaient gorgées de lait. La meilleure viande se trouvait sur le jeune. Le loup réserva les morceaux les plus savoureux pour son frère. Tout autour des dépouilles, la neige gelée vira au rose et au rouge tandis que la meute se remplissait la panse.

À des lieues de là, dans l’unique pièce d’une hutte en torchis avec un toit de chaume, un trou pour la fumée et un sol de terre battue, Varamyr frissonna, toussa et se lécha les babines. Il avait les yeux rouges, les lèvres gercées, la gorge sèche et assoiffée, mais un goût de sang et de graisse lui emplissait la bouche, alors même que son ventre dilaté réclamait à manger. De la chair d’enfant, songea-t-il en se souvenant de Cabosse. De la chair humaine. Était-il si bas tombé qu’il avait faim de chair humaine ? Il entendait presque Haggon gronder : « Les hommes peuvent consommer la viande des bêtes et les bêtes celle des hommes, mais l’homme qui se repaît de chair humaine est une abomination. »

Une abomination. Ce mot avait toujours eu la faveur d’Haggon. Abomination, abomination, abomination. Manger de la chair humaine était une abomination ; copuler sous forme de loup avec un loup, une abomination ; et s’emparer du corps d’un autre homme, la pire des abominations. Haggon était un faible, que son propre pouvoir effrayait. Il a crevé seul, tout chialant, lorsque je lui ai arraché sa Seconde Vie. Varamyr lui avait dévoré le cœur. Il m’a enseigné tant et plus de choses, et le goût de la chair humaine aura été ce que j’ai appris de lui en dernier.

Mais cela s’était passé en tant que loup. Jamais il n’avait mangé de chair humaine avec des dents d’homme. Néanmoins, il ne voulait pas priver la meute d’un festin. Faméliques et glacés, les loups avaient autant besoin de subsistance que lui, et leur proie… Deux hommes et une femme, un bébé dans les bras, fuyant de la défaite vers la mort. De toute façon, ils n’auraient pas tardé à périr, de froid ou de faim. Cela valait mieux ainsi. Un acte de miséricorde.

« Une miséricorde », prononça-t-il à voix haute. Il avait la gorge irritée, mais c’était bon d’entendre une voix humaine, fût-ce la sienne. L’atmosphère suintait le moisi et l’humide, le sol était dur et gelé, et son feu dégageait plus de fumée que de chaleur. Il s’approcha des flammes autant qu’il osa, toussant et grelottant tour à tour, son flanc l’élançant à l’endroit où sa blessure s’était rouverte. Le sang avait poissé ses chausses jusqu’au genou et séché en formant une croûte brune et rigide.

Cirse l’avait mis en garde : cela risquait d’arriver. « J’ai r’cousu de mon mieux, avait-elle dit, mais t’as besoin de te r’poser et d’ laisser guérir, ou la chair s’ déchirera d’ nouveau. »

Cirse avait été la dernière de ses compagnons, une piqueuse coriace comme une vieille racine, mouchetée de verrues, recuite par le vent et toute ridée. Les autres les avaient quittés en cours de route. Un par un, ils avaient dérivé en arrière-garde ou forcé la marche en tête, vers leurs anciens villages, la Laiteuse, Durlieu ou une mort solitaire dans la forêt – Varamyr n’en savait rien, et n’en avait cure. J’aurais dû m’emparer de l’un d’eux quand j’en avais la possibilité. Un des jumeaux, le gaillard défiguré ou le jeune rousseau. Mais il avait eu peur. L’un des autres aurait pu comprendre ce qui se produisait. Là, ils se seraient retournés contre lui, pour le tuer. Les paroles d’Haggon le hantaient. Et l’occasion était passée.

Après la bataille, ils avaient été des milliers à s’égailler ...